Le 10 décembre 2020, Jean Castex monte à la tribune avec deux chiffres en tête qui rendent toute bonne nouvelle impossible : 14 595 cas détectés la veille, soit presque trois fois l’objectif que s’était fixé Emmanuel Macron. La France retient son souffle avant les fêtes, et ce qu’elle entend ce soir-là redessine entièrement l’organisation du réveillon.
Le contexte épidémique qui a dicté les annonces du 10 décembre
Le 9 décembre 2020, les autorités sanitaires enregistrent 14 595 nouveaux cas de Covid-19 en 24 heures, contre 13 713 la veille. La tendance repart légèrement à la hausse alors que le déconfinement du 15 novembre avait semblé stabiliser la situation.
Macron avait posé une condition claire pour assouplir les restrictions le 15 décembre : descendre sous les 5 000 cas quotidiens. Avec presque trois fois ce chiffre dans les compteurs, la marge de manœuvre de Castex est nulle. La conférence de presse du 10 décembre, tenue aux côtés d’Olivier Véran et de Gérald Darmanin, sert avant tout à acter l’échec de cet objectif et à expliquer ce qui remplace le plan initial.
Quelles sont les nouvelles règles du couvre-feu annoncées pour le 15 décembre 2020?
À partir du 15 décembre 2020, le couvre-feu est avancé d’une heure : il s’applique désormais de 20h à 6h sur l’ensemble de la France métropolitaine, sans exception géographique. Avant, certaines zones moins touchées bénéficiaient d’horaires décalés à 21h. Cette uniformisation à 20h efface ces nuances territoriales.
Une mesure va dans le sens d’un assouplissement : l’attestation de déplacement n’est plus obligatoire en journée. Les Français peuvent circuler librement entre 6h et 20h sans avoir à justifier leurs déplacements. Passé 20h, le régime d’attestation reprend avec les mêmes catégories de motifs valables que pendant le confinement – travail, santé, courses de première nécessité.
Noël et le Nouvel An font l’objet d’un traitement différencié
C’est la décision la plus attendue de la soirée. Pour la nuit du 24 au 25 décembre, le gouvernement accorde une dérogation exceptionnelle : le couvre-feu est suspendu, permettant aux familles de se retrouver pour le réveillon de Noël. Castex justifie ce choix par la dimension familiale de la fête, jugée difficilement comparable à d’autres rassemblements.
La nuit du 31 décembre, en revanche, ne bénéficie d’aucun aménagement. Le couvre-feu de 20h reste en vigueur pour le Nouvel An, sans dérogation. La logique avancée est sanitaire : un réveillon de fin d’année rassemble souvent des groupes plus larges, dans des configurations festives où les gestes barrières sont plus difficiles à tenir. Politiquement, accorder deux exceptions de suite aurait été intenable à défendre face à l’opinion publique et aux soignants.
Pourquoi l’objectif des 5 000 cas par jour n’a-t-il pas été atteint?
Macron avait fixé ce seuil en novembre, lors de l’annonce du déconfinement progressif. L’idée était simple : si la circulation du virus ralentissait suffisamment, les Français retrouveraient une partie de leur liberté avant Noël. Mais la descente s’est bloquée autour de 11 000 à 15 000 cas par jour au lieu de continuer à chuter.
Plusieurs facteurs expliquent ce plateau. La réouverture des commerces mi-novembre a mécaniquement remis des millions de personnes en mouvement. Les contacts dans les espaces clos – transports, centres commerciaux, lieux de travail – ont suffi à maintenir la transmission à un niveau élevé. Lors de la conférence, Castex n’a pas cherché à minimiser l’écart : il reconnaît que l’objectif n’est pas atteint et que tout assouplissement supplémentaire au 15 décembre est exclu.
Contrôles et sanctions : comment les règles étaient-elles appliquées?
Gérald Darmanin, présent à la conférence, supervise le volet répressif du dispositif. Des contrôles renforcés sont annoncés sur les routes pendant la période des fêtes, avec des barrages filtrants pour vérifier la validité des déplacements nocturnes.
Les sanctions restent identiques à celles en vigueur depuis octobre :
- 135 euros d’amende pour une première infraction au couvre-feu
- 1 500 euros en cas de récidive dans les 15 jours
- 3 750 euros et jusqu’à 6 mois de prison pour une troisième infraction dans les 30 jours
Pour circuler entre 20h et 6h, il faut présenter une attestation précisant le motif parmi ceux autorisés : déplacement professionnel avec justificatif de l’employeur, motif médical, assistance à une personne vulnérable, ou encore sortie brève à pied près du domicile. Les forces de l’ordre effectuent des contrôles visuels et peuvent demander à voir le document.
Le soir du 24 décembre, la dérogation Noël dispense de toute attestation. Pour le 31, rien ne change : quiconque est pris dehors après 20h sans motif valable s’expose à la même amende qu’un soir ordinaire de janvier.
Cette asymétrie entre les deux réveillons résume à elle seule l’équilibre que cherche le gouvernement ce soir du 10 décembre – laisser les familles vivre Noël, tout en refusant de lâcher la bride sur une nuit du Nouvel An qui, en temps normal, déborde déjà largement dans les rues.