L’été 2025, la France a recensé 1 418 noyades, dont 409 décès selon Santé publique France — soit une hausse de 14 % par rapport à l’été 2024. Ce que ces chiffres ne montrent pas, c’est la scène qui précède : personne ne crie, personne n’agite les bras. La victime s’enfonce, souvent à moins de 10 mètres du bord, pendant que les gens autour d’elle regardent sans voir. Et le premier réflexe du témoin — plonger — est celui qui crée le plus souvent une deuxième victime.
Voici dans quel ordre agir, sans formation préalable.
Appeler les secours : en premier, pas en dernier
Avant tout geste physique, ou strictement en même temps si vous n’êtes pas seul, appelez les secours. Chaque minute compte ; les secours ont besoin de temps pour arriver, et ce temps commence à courir dès votre appel.
Le numéro dépend du lieu :
- 15 (SAMU) : urgence médicale, adapté si la victime est sortie de l’eau et nécessite une réanimation
- 18 (pompiers) : intervention rapide sur tout type de noyade
- 112 : numéro d’urgence européen, depuis n’importe quel mobile, y compris sans réseau opérateur
- 196 : secours en mer, coordonné par les CROSS
- 17 (police) : utile en milieu urbain si les autres lignes sont occupées
Ce que vous devez dire : votre localisation précise (nom de la plage, numéro de la piscine, commune la plus proche), le nombre de victimes, l’état apparent de la personne (consciente, inconsciente, dans l’eau ou sortie), et votre numéro de rappel. Ne raccrochez pas sans y être invité : l’opérateur peut vous guider jusqu’à l’arrivée des secours.
Si vous êtes seul avec la victime et qu’elle est déjà hors de l’eau, appelez d’abord, puis agissez.
Sortir la victime de l’eau sans plonger
Un non-nageur ou un nageur non formé au sauvetage qui plonge pour secourir quelqu’un risque de se retrouver agrippé, entraîné sous l’eau, ou épuisé à mi-chemin. La victime en panique exerce une force physique difficile à contrôler. C’est la situation qui tue deux personnes au lieu d’une.
La règle : restez hors de l’eau et tendez quelque chose.
Selon ce que vous avez sous la main et la distance à la victime :
- Une perche, un manche à balai, une branche — tendez-la depuis le bord en vous allongeant ou en vous agrippant à quelque chose pour ne pas basculer
- Une bouée, un bidon vide, un ballon, un jerricane — lancez-les pour que la victime puisse s’y accrocher
- Une corde, une laisse de chien, des vêtements noués ensemble — lancez une extrémité, gardez l’autre fermement
- Une ceinture, un t-shirt tenu à bout de bras — efficace à très courte distance depuis un bord stable
Sur une plage surveillée, signalez-vous immédiatement au maître nageur sauveteur : c’est son rôle, il a le matériel et la formation. Sur un lac ou une rivière sans surveillance, les alternatives du bord sont votre seul levier physique en attendant les secours.
Si vous êtes seul, sans matériel, et que la victime est hors de portée : appelez le 18 ou le 112, criez pour alerter les personnes autour de vous, et restez visible pour guider les secours. Tenter de nager vers quelqu’un que vous ne pourrez pas ramener ne sauve personne.
Une fois la victime hors de l’eau : évaluer, puis agir
Dès que la personne est sur la berge, au bord du bassin ou sur le sable, deux questions déterminent ce que vous faites ensuite.
Elle répond quand vous l’appelez et elle respire ? Placez-la en position latérale de sécurité (PLS) : allongée sur le côté, tête légèrement en arrière pour dégager les voies aériennes, bouche orientée vers le bas pour laisser l’eau s’écouler. Couvrez-la si possible pour limiter le refroidissement. Restez avec elle jusqu’à l’arrivée des secours.
Elle ne répond pas et ne respire pas normalement ? Commencez la réanimation cardio-pulmonaire (RCP) immédiatement. La noyade peut provoquer un arrêt cardiaque ; la RCP maintient une circulation minimale jusqu’à l’arrivée des secours.
La RCP se fait ainsi :
- Allongez la victime sur le dos, sur une surface dure
- Placez les deux mains superposées au centre du thorax et appuyez fort et vite, en laissant le thorax se relever entre chaque compression
- Après 30 compressions, donnez 2 insufflations bouche-à-bouche (pincez le nez, soufflez assez pour voir le thorax se soulever)
- Répétez le cycle 30/2 sans interruption jusqu’à l’arrivée des secours ou jusqu’à ce que la victime reprenne conscience
Pour un nourrisson ou un très jeune enfant : les compressions se font avec deux doigts, et les insufflations couvrent à la fois la bouche et le nez. Le principe reste identique.
Si un défibrillateur est disponible à proximité, envoyez quelqu’un le chercher pendant que vous continuez la RCP. L’appareil est conçu pour guider une personne non formée : suivez les instructions vocales sans interrompre la RCP plus que nécessaire.
Cas particulier de l’eau froide : dans un lac de montagne ou en hiver, l’hypothermie peut ralentir les fonctions vitales au point que la victime semble sans vie alors qu’une réanimation reste possible. Continuez la RCP même si la situation paraît sans issue, jusqu’à l’arrivée des secours médicaux. Ce sont eux qui évaluent la situation.
Si la victime a perdu connaissance dans l’eau avant d’être sortie, commencez la RCP dès qu’elle est sur le sol ferme, sans attendre de la sécher ni de la réchauffer.
Les gestes dans l’ordre – à mémoriser ou à sauvegarder
- Alerter – Appelez le 18, le 15 ou le 112 (196 en mer) — simultanément si vous n’êtes pas seul
- Sécuriser – Restez hors de l’eau ; ne plongez pas
- Extraire – Tendez une perche, lancez une bouée, jetez une corde ou un vêtement noué
- Évaluer – Elle répond et respire ? → PLS. Elle ne répond pas ou ne respire pas ? → RCP
- Maintenir – Continuez la RCP ou surveillez la PLS jusqu’à l’arrivée des secours
Même si elle semble aller bien
Une victime qui reprend conscience, qui parle, qui dit se sentir bien peut présenter des complications dans les heures qui suivent. L’eau inhalée peut provoquer une détresse respiratoire différée — parfois appelée noyade secondaire. Une consultation médicale reste recommandée dans tous les cas, même si la personne semble rétablie sur le moment.
Dernière chose à garder en tête : la noyade ne touche pas seulement les enfants. Selon Santé publique France, 9 noyades mortelles sur 10 concernent des adultes. Et un nourrisson peut se noyer dans quelques centimètres d’eau — baignoire, pataugeoire, seau. La réaction dans les secondes qui suivent un accident dans l’eau est la même quelle que soit la taille de la victime : alerter, extraire, évaluer.
Avant votre prochaine sortie près de l’eau, prenez trente secondes pour noter le 18 et le 112 dans les favoris de votre téléphone, et mémoriser les cinq étapes ci-dessus. Vous pouvez aussi en faire une capture d’écran à avoir sous la main. C’est le seul geste de préparation qui ne demande aucune formation et qui peut changer l’issue d’une situation comme celle-là. Pour le reste – les précautions à prendre avant même d’arriver au bord de l’eau – anticiper les risques fait aussi partie des vacances en famille.